24/02/2012 - SÉNÉGAL

Dernier jour de campagne électorale dans un climat électrique

L'opposition sénégalaise a jugé "impossible" la tenue ce dimanche du scrutin présidentiel en raison des récentes violences meurtrières et "du manque de transparence" du processus électoral, alors que la campagne prend fin ce vendredi.

AFP - Le Sénégal a connu vendredi une nouvelle journée de manifestations et de réunions électorales, au dernier jour de la campagne pour la présidentielle de dimanche, dont la tenue est jugée "impossible" par l'opposition en raison des récentes violences.

Marche "pacifique" de femmes contre la candidature du président sortant Abdoulaye

Wade, rassemblements de jeunes opposants dans le centre-ville et derniers meetings ont clôt à Dakar la campagne.

Mais si la communauté internationale a appelé tous les acteurs à encourager la participation à une élection sans violences, le Mouvement du 23 juin (M23, partis d'opposition et organisations de la société civile), a estimé jeudi que "les dérives d'une gravité extrême" et le "climat d'insécurité générale (...) rendent impossible la tenue d'un scrutin transparent, libre, apaisé".

Les violences liées à la candidature contestée d'Abdoulaye Wade, 85 ans, président depuis 2000, ont fait depuis fin janvier au moins six morts et des dizaines de blessés. Le M23 a parlé de "15 morts, 539 blessés".

Il a aussi dénoncé "les "graves dysfonctionnements des institutions de régulation" de l'élection, le Conseil constitutionnel et la Commission électorale nationale autonome (Céna).

Le Mouvement n'a cependant pas explicitement appelé à un report du scrutin, cette question faisant débat au sein de l'opposition.

Plusieurs candidats, tels Cheikh Tidiane Gadio, Cheikh Bamba Dièye et Ibrahima Fall, sont favorables à un report, mais d'autres sont déterminés à participer au vote dimanche.

L'ancien Premier ministre Macky Sall a ainsi invité le M23 à faire confiance au peuple sénégalais pour "battre par les urnes" Abdoulaye Wade.

Et le collectif de jeunes "Y'en a marre" a appelé vendredi à "aller voter massivement" dimanche, sans donner d'autre consigne de vote que "tout sauf Wade" et promettant de poursuivre le combat s'il tentait "par la fraude ou un autre moyen de se proclamer vainqueur".



"Protégez mes bulletins"


Répondant à ceux qui menacent d'empêcher le scrutin, Abdoulaye Wade a lancé jeudi, lors d'un meeting près de Dakar, un appel aux jeunes de son parti, leur demandant de veiller à ce que l'opposition ne puisse pas "saboter le scrutin".

Quelque 300 femmes ont marché pacifiquement à Dakar contre la candidature de Wade, demandant au pouvoir d'arrêter "de tuer" leurs enfants.

Egalement dans la capitale, des milliers de personnes se sont rassemblés pour le dernier meeting du président sortant.

"Je vous demande de voter massivement pour moi pour que je sois élu au premier tour, à une très forte majorité (...). Il ne s'agit pas de négocier quoi que ce soit sur le mandat qui me sera délivré par le peuple", a déclaré Abdoulaye Wade à la tribune.

Au même moment, le leader du Parti socialiste (PS, opposition) Ousmane Tanor Dieng, réunissait 5.000 partisans dans un stade chantant "Gorgui (Le Vieux en wolof, surnom de Wade), attention, nous descendons au palais".

Plusieurs centaines de jeunes ont tenté, comme ils le font depuis dix jours, d'accéder à la place de l'Indépendance en centre-ville, bouclée par la police. Sanas incidents.

De son côté, l'ex-président nigérian Olusegun Obasanjo, chef des observateurs de l'Union africaine (UA), a poursuivi ses rencontres à Dakar, où il s'est notamment entretenu avec l'ambassadeur des Etats-Unis, alors que les relations se sont tendues entre Dakar d'un côté, Washington et Paris de l'autre, qui ont critiqué la candidature de Wade à un nouveau mandat.

Le secrétaire d'Etat américain adjoint aux Affaires africaines, Johnnie Carson, est arrivé jeudi à Dakar avec pour mission d'appeler au calme lors de l'élection présidentielle de dimanche, selon le département d'Etat.

Le chef des observateurs de l'Union européenne, Thijs Berman, a pour sa part déploré jeudi "un certain manque de transparence" concernant la distribution des cartes d'électeurs, alors qu'il reste "469.122 cartes" à distribuer, soit près de 9% des 5,3 millions d'électeurs inscrits, selon le ministre chargé des Elections, Cheikh Guèye.

LES AUTRES INFOS
NIGER
Un site d'Areva et une base militaire cibles d'attentats-suicides au Niger
CÔTE D'IVOIRE - REPORTAGE
Les corps de victimes de la crise ivoirienne symboliquement remis aux familles
RD CONGO
Nouveaux affrontements à Goma à la veille de la visite de Ban Ki-moon
TUNISIE
Ansar al-Charia et Ennahda, la rupture
JUSTICE
Bénin : l'affaire Talon, le polar qui passionne Cotonou
ALGÉRIE
Bouteflika a quitté le Val-de-Grâce pour un autre établissement parisien
ALGÉRIE
Absence de Bouteflika : pour l’opposition, il faut "déclarer la vacance du pouvoir"
ALGÉRIE
La santé du président Bouteflika "s'améliore de jour en jour", selon le Premier ministre algérien
ALGÉRIE
État de santé de Bouteflika: "Pourquoi ne voit-on pas le président à la télévision ?"
NIGERIA
Le Nigeria annonce la libération de toutes les détenues "liées à Boko Haram"
MALI
Aminata Traoré, la militante qui dénonce l'"humiliante ingérence" de la France au Mali
TUNISIE
Amina, la Femen tunisienne, arrêtée à Kairouan après avoir tagué un mur
REPORTAGE
Tunisie : chasse aux "barbus" et gaz lacrymogènes à Kairouan
NIGERIA
L'armée nigériane traque les islamistes de Boko Haram dans leur fief de Maiduguri
CÔTE D'IVOIRE
Arrestation d’un chef de milice pro-Ouattara à Duékoué
ALGÉRIE
Reportage : À Alger, le peuple se demande qui dirige le pays
TUNISIE
"Au congrès de Kairouan, les salafistes seront tentés de provoquer Ennahda"
NIGERIA
Vaste offensive de l'armée nigériane contre les islamistes de Boko Haram