14/06/2012 - TUNISIE

Les islamistes renoncent à manifester pour "défendre les valeurs du sacré"

En signe d'apaisement, les islamistes d'Ennahda ainsi que plusieurs autres factions radicales ont finalement renoncé à manifester ce vendredi pour défendre les "valeurs du sacré" après l'organisation d'une exposition d'art contemporain à Tunis.

AFP - Après un début de semaine marqué par des violences en Tunisie, les islamistes ont lancé jeudi soir des signes "d'apaisement": le parti Ennahda, au pouvoir, et plusieurs factions radicales ont renoncé à manifester pour "défendre les valeurs du sacré" vendredi.

"La manifestation est annulée pour respecter la décision du ministère de l'Intérieur" qui a interdit toute marche à travers le pays vendredi, a déclaré à l'AFP Ajmi Lourimi, membre du bureau exécutif d'Ennahda, parti qui domine le gouvernement et l'Assemblée nationale constituante.


"C'est un signe d'apaisement. Toutes les forces et partis politiques veulent tourner la page. Le bon sens a prévalu sur la passion", a-t-il dit.

"Nous espérons que notre pays reste en paix et que les Tunisiens restent unis sur l'essentiel", a-t-il ajouté, pronostiquant un "retour à la normale".

Une heure plus tôt, la branche la plus radicale de la mouvance salafiste tunisienne, Ansar Al Charia, avait annoncé sur sa page Facebook qu'"après concertation de (ses) frères dans toutes les régions du pays et l'examen de la situation", le mouvement avait "décidé d'annuler les manifestations de vendredi".

"Nous appelons tous nos frères à comprendre cette décision et à ne pas se laisser entraîner par leurs émotions", poursuivait le communiqué du mouvement dirigé par l'ex-jihadiste Abou Iyadh.

Le parti islamiste Hizb Ettahrir a également renoncé à une marche.

"Des appels à la violence circulent sur Facebook"

"Il n'y aura pas de manifestation demain", a déclaré à l'AFP Ridha Belhaj, porte-parole de ce parti interdit, qui prône l'application de la charia et la restauration du califat.

"En revanche, il y aura un rassemblement à la Kasbah (place du siège du gouvernement à Tunis) où nous expliquerons nos positions", a-t-il déclaré, précisant que "toutes les tendances" islamistes seraient présentes.

Plusieurs groupes de la mouvance salafiste ont lancé depuis le début de la semaine des appels à manifester à travers le pays après la grande prière du vendredi, pour dénoncer les "atteintes aux valeurs du sacré" contenues selon eux dans des oeuvres exposées la semaine dernière à La Marsa, banlieue nord aisée de Tunis.

L'exposition, cible d'attaque par des salafistes présumés dimanche dernier, a servi de détonateur à une flambée de violences lundi et mardi qui a fait un mort et plus de 100 blessés dans tout le pays.

En réponse à ces violences, le gouvernement tunisien a rétabli mardi un couvre-feu dans huit régions, dont Tunis, et le ministère de l'Intérieur a décidé d'interdire toute manifestation vendredi.

"Des appels à la violence circulent sur Facebook", a précisé à l'AFP le porte-parole du ministère Khaled Tarrouche.

Sur certains sites extrémistes, on peut voir la liste nominative des artistes dont certaines oeuvres sont été détruites dimanche, ainsi que des appels au meurtre contre "les mécréants", a constaté l'AFP.

Ansar Al Charia avait violemment dénoncé l'exposition mais démenti toute implication dans les émeutes. Un autre leader salafiste, Abou Ayoub, avait de son côté lancé un appel enflammé au "soulèvement" dans une vidéo --dont l'authenticité n'a pas été vérifiée-- mise en ligne mardi.

Rached Ghannouchi, le chef d'Ennahda, avait de son côté appelé les Tunisiens à "une marche pacifique" pour s'opposer à la violence, mais aussi pour défendre "les valeurs du sacré", rejoignant de facto les mots d'ordre des salafistes.

Jeudi, l'appréhension était palpable chez de nombreux Tunisiens, marqués par les émeutes du début de semaine et le climat de tension générale.

"On en a marre. On veut juste pouvoir travailler. Les barbus sont derrière tout ça et le seul résultat si ça continue, c'est que les touristes ne viendront pas", a déclaré jeudi matin à l'AFP Mohammed, chauffeur de taxi.
 

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