19/06/2012 - REPORTAGE

Égypte : les coptes face à la probable victoire de Mohammed Morsi

Lors du second tour de la présidentielle égyptienne, les 16 et 17 juin, les coptes ont en majorité voté pour l'ex-Premier ministre d'Hosni Moubarak, Ahmed Chafik. Certains par peur des Frères musulmans, d’autres pour des raisons économiques...

David est chrétien. Le 17 juin, au deuxième tour de l’élection présidentielle, ce guide touristique de 27 ans a voté pour Ahmed Chafik, le dernier Premier ministre d’Hosni Moubarak. Malgré tout, celui-ci ne redoute pas outre mesure la possible victoire du candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi.

David, guide touristique copte de 27 ans, a voté pour Ahmed Chafik. (©P.Garaude/F24)

"J’ai voté pour Chafik parce qu’il est intelligent, que le tourisme va repartir avec lui, et que les chrétiens auront plus de représentativité sur la scène politique, explique-t-il. Mais Morsi ne m’inquiète pas. Il a rassuré les chrétiens et je ne vois pas en lui une volonté d’islamiser le pays". Tout en marchant dans les allées de l’église Saint-Georges, dans le quartier de Mar Margis, au Caire, il modère : "Le problème, ce sont les salafistes qui sont avec lui. Ils peuvent nous intimider, faire pression et créer des problèmes".

"Quel que soit le président élu, on veut que les discriminations cessent. Par exemple, on n’a pas accès à certains postes dans l’armée et dans la police. Pourquoi ?", ajoute un employé copte de l’église.

Les raisons qui ont poussé une bonne majorité de chrétiens et de musulmans du quartier de Mar Margis à voter pour Chafik sont d’abord économiques. "Les Frères musulmans n’ont rien contre les chrétiens, mais ils représentent une très mauvaise image pour le tourisme. Les touristes ne viendront plus si ce sont les islamistes qui gouvernent l’Égypte", assure Thomas, qui vend des antiquités depuis 1977 et qui a vu son chiffre d’affaires chuter de 70 % depuis le début du Printemps égytien. "Chrétiens et musulmans, nous ne faisons qu’un, précise-t-il. La question n’est pas religieuse : pendant la révolution, ce sont les musulmans qui ont protégé notre quartier. Le problème, ce sont les affaires. Morsi n’a aucune expérience alors que Chafik est un homme fort qui va ramener la stabilité."

Menace sur la liberté religieuse ?

Ailleurs au Caire, dans des quartiers populaires à forte présence chrétienne, le son de cloche est parfois différent. À Choubra, beaucoup redoutent la victoire de Morsi. "Je n’ose plus sortir seule dans la rue le soir. Je me fais tout le temps embêter par des musulmans parce qu’ils nous détestent", s’inquiète Silvia, étudiante. Sanaa, 42 ans, enseignante, veut "un État non religieux qui garantisse les droits de toutes les confessions. Les courants islamistes sont inquiétants. En plus, ils s'opposent à ce qu'un chrétien ou une femme se présente à la présidence de la République. Où est le principe de citoyenneté dans tout ça ?".

Un commerçant copte du quartier de Mar Margis, au Caire. (©P.Garaude/F24)

Nassim, un balayeur qui arbore une croix tatouée sur le poignet - le signe distinctif des chrétiens d'Égypte - lance à son tour : "Que Dieu nous protège si les islamistes arrivent au pouvoir !".

Les chrétiens d'Égypte, largement favorables à Chafik - de confession musulmane mais de culture politique laïque -, redoutent de voir les discriminations dont ils se plaignent s'aggraver en cas de victoire de Morsi. Info ou intox ? Le candidat des Frères musulmans aurait confié, le 27 mai dernier, à un journaliste de El-Bashayer, un site web populaire égyptien : "Les chrétiens ont besoin de savoir que la conquête est à venir, que l'Égypte sera islamique, et qu'ils devront émigrer ou payer la 'jizya' (le tribut financier dont doivent s’acquitter les non-musulmans selon les préceptes de la Charia, NDLR)". Quoi qu'il en soit, le 1er juin, de façon tout à fait officielle, le même Morsi a voulu rassurer les coptes : "Nos frères chrétiens sont des partenaires nationaux et ont des droits complets, comme les musulmans", a-t-il lancé.

Pour Georges, un riche homme d’affaires franco-égyptien, "notre seul soulagement est que, dans une Égypte pour l’heure sans Parlement et sans Constitution, le président n’a aucun pouvoir. On espère que si Chafik perd, l’armée, qui conserve toujours le pouvoir, contrôlera le pouvoir législatif jusqu’aux prochaines élections législatives et rédigera certainement la Constitution, saura prendre les mesures nécessaires pour nous protéger".
 

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