06/08/2012 - SYRIE

Le Premier ministre syrien rejoint l'opposition et dénonce un génocide

Alors que la télévision d’État syrienne annonçait son limogeage, le Premier ministre Ryad Hidjab a fait défection et a rejoint l'opposition. Plus haut responsable à rompre avec le régime depuis le début de la révolte, celui-ci dénonce un génocide.

Deux mois à peine après sa nomination, le Premier ministre syrien lâche le régime du président Bachar al-Assad. "J'annonce ma défection du régime meurtrier et terroriste pour rejoindre les rangs de l'opposition dont je deviens l'un des soldats", a déclaré Ryad Hidjab, dans un communiqué lu en son nom par son porte-parole sur la télévision qatarie Al-Jazeera, lundi 6 août.

Le Premier ministre a justifié sa démarche par le fait que la Syrie passe par des "circonstances terribles marquées par les pires crimes de guerre, de génocide contre un peuple sans armes".

Réfugié en Jordanie, en partance pour le Qatar

Accompagné de dix de ses proches et des membres de leurs familles, il se trouve en "lieu sûr" en Jordanie depuis la nuit dernière, mais il est sur le point de se rendre au Qatar, selon son porte-parole. Tôt ce matin, une rumeur annonçant cette défection avait parcouru certains groupes d’opposants syriens sur les réseaux sociaux.

Du côté de Damas, officiellement, "Ryad Hidjab a été démis de ses fonctions de Premier ministre", a sommairement annoncé la télévision d'État syrienne. Omar Ghalawanji, vice-Premier ministre et ministre de l'Administration locale, a immédiatement été désigné pour "expédier temporairement les affaires courantes".

Selon le Conseil national syrien (CNS, principal coalition d'opposition), deux ministres, dont l'identité n'a pas été divulguée, ainsi que trois généraux de brigade ont également fait défection et seraient en Jordanie en compagnie du chef du gouvernement.

Âgé de 46 ans, ce sunnite originaire de la région de Deir Ezzor, dans l'est du pays, avait débuté sa carrière ministérielle un mois après le début du soulèvement contre le régime, en mars 2011. Nommé ministre de l’Agriculture et de la Réforme agraire, il reste en poste jusqu’à sa nomination à la tête du gouvernement le 6 juin 2012, à la suite des élections législatives du mois de mai. Avant d’atteindre les hautes sphères du pouvoir, ce baasiste convaincu fut gouverneur de Deir Ezzor (est) de 2008 à 2011 et de la ville côtière de Lattaquié de 2011 jusqu’à sa prise de fonction au ministère de l’Agriculture. Il était membre du Comité central du parti au pouvoir depuis 2005.

Une défection synonyme de "coup dur"

"Ryad Hidjab est un grand commis de l’État syrien et sa défection, qui semble avoir été préparée par l’Armée syrienne libre (ASL), est un coup dur qui touche le premier cercle du pouvoir du régime de Bachar al-Assad", explique à FRANCE 24 Khattar Abou Diab, docteur en sciences politiques, enseignant à l'université Paris-Sud et spécialiste du Moyen-Orient.

Interrogé par FRANCE 24, l’ancien président du CNS, Bourhane Ghalioune s’est félicité de la défection de Ryad Hidjab, mais il s’est dit guère surpris par cet évènement. "Ce n’est pas une surprise, nous nous attendons à de nombreuses défections dans les prochains jours, a-t-il déclaré. La grande majorité des cadres du régime, des fonctionnaires et des hauts-officiers de l’armée ont déjà fait défection dans leurs cœurs, mais les circonstances les empêchent de l’exprimer publiquement".

Et de poursuivre : "Cette affaire démontre d’une part que même un Premier ministre est nommé par la force, puisqu’il a fait défection dès qu’il en a eu la possibilité, et prouve d’autre part que le régime ne repose plus que sur ce qu’il a toujours été, un pouvoir dirigé par une bande de mafieux".

Pour Khattar Abou Diab ce cycle de défections démontre que le régime de Bachar al-Assad est entrain de perdre pied. "Après l’attentat contre les hauts responsables de sécurité, après la défection de Manaf Tlass, un ami personnel du président syrien, celles de généraux et d’ambassadeurs, c’est une nouvelle étape qui s’ouvre avec le départ d’un des plus hauts responsables politiques du régime", conclut-il.

 

 


 

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