20/08/2012 - SOMALIE

L'élection du nouveau président somalien reportée

Les nouveaux députés qui devaient élire lundi un nouveau président pour la Somalie - privée de gouvernement depuis plus de 20 ans - ont annoncé le report du scrutin. Les parlementaires justifient cette décision par le manque de préparation.

AFP - La toute nouvelle Chambre somalienne n'élira pas comme prévu lundi le nouveau chef de l'Etat pour des raisons de procédure et se réunira, à la demande des députés craignant pour leur sécurité, dans l'enceinte de l'aéroport ultra-sécurisé de Mogadiscio.

Les députés sortants se réunissaient dans une aile de l'ancien Parlement, partiellement détruit par des années de guerre civile, mais le président de la nouvelle Chambre, son doyen d'âge Musa Hassan Abdallah, a demandé en urgence à l'ONU de trouver un "autre endroit constituant un refuge", selon un communiqué du Bureau politique de l'ONU en Somalie (UNPOS).

L'aéroport international de Mogadiscio est un camp retranché placé sous la protection de la force de l'Union africaine en Somalie (Amisom), dont la base lui est adossée.

Le symbole fait tache alors que l'investiture de cette nouvelle Chambre était l'une des dernières étapes d'un processus politique présenté dimanche par la communauté internationale comme "une opportunité sans précédent pour plus de paix et de stabilité" en Somalie, livrée aux chefs de guerre, milices islamistes et gangs criminels depuis la chute du président Siad Barre en 1991.

La situation sécuritaire s'est nettement améliorée à Mogadiscio depuis que les insurgés islamistes shebab en ont été chassés en août 2011, mais la capitale reste le théâtre régulier d'assassinats politiques et d'attentats.

Le complexe processus politique en cours, parrainé par l'ONU et la communauté internationale, est destiné à doter la Somalie d'institutions pérennes et de son premier réel gouvernement central depuis plus de 20 ans.

La nouvelle "Assemblée du Peuple", dont les députés ont été désignés par un conseil de chefs coutumiers, était supposée parachever le processus en élisant le nouveau chef de l'Etat lundi, date à laquelle expire le mandat des Institutions fédérales de Transition, mises en place en 2004.

Mais le scrutin ne pourra avoir lieu lundi, comme le souhaitait la communauté internationale, ont indiqué deux parlementaires à l'AFP expliquant que plusieurs mesures procédurales restaient à remplir auparavant.

Les députés devront choisir auparavant "dans les jours qui viennent" le président de l'Assemblée, un préalable à l'élection du chef de l'Etat, a indiqué le député Abinasir Garale.

Seulement 202 députés, sur les 275 que doit compter à terme la Chambre basse, ont été désignés et leurs noms validés par un comité ad hoc, un nombre suffisant pour atteindre le quorum nécessaire au scrutin présidentiel.

Depuis 2000, les différentes institutions de transition mises en place ont toutes échoué à asseoir leur autorité.

Le risque d'un processus de paix bâclé

La communauté internationale était jusqu'ici parvenue à faire adopter à marche forcée les différentes étapes du processus: désignation de l'assemblée des chefs coutumiers, mise sur pied d'une constituante et adoption d'une Constitution provisoire le 1er août.

La France a exhorté lundi les dirigeants politiques et traditionnels "à tout mettre en oeuvre" pour assurer le succès de la transition.

Après avoir soutenu à bout de bras les actuelles Institutions fédérales de Transition, minées par la corruption, la communauté internationale a exclu toute nouvelle prolongation de leur mandat - après deux extensions successives en 2009 et 2011, et tout fait pour que le processus s'achève à la date prévue du 20 août.

Nombre d'observateurs estiment que la priorité donnée par la communauté internationale au calendrier au détriment du fond risque de valider un processus "pipé" et "bâclé", qui semble devoir déboucher sur le maintien au pouvoir des responsables actuels.

Le président sortant Cheikh Sharif Cheikh Ahmed, élu en 2009 après avoir rallié les institutions de transition qu'il combattait auparavant à la tête d'une rébellion islamique, et personnalité contestée au sein même de ses alliés internationaux, est l'un des favoris du scrutin présidentiel.

Ses plus sérieux adversaires semblent son Premier ministre, Abdiweli Mohamed Ali, et le président du Parlement sortant, Sharif Hassan Sheikh Adan.
 

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